Source:France-Guyane 12.03.2010


            Les forces de l'ordre prises en chasse par des garimpeiros

Pierre ROSSOVICH France-Guyane 12.03.2010



Mercredi, une opération de lutte contre l'orpaillage illégal, menée en collaboration par l'armée et la police aux frontières, a bien failli tourner au drame sur l'Oyapock. 618 grammes d'or ont été saisis.

SAINT-GEORGES. « Une violence inhabituelle » . Les mots sont de Philippe Duporge, directeur départemental de la police aux frontières (Paf). Mercredi matin, alors qu'ils interpellent une quinzaine de personnes au niveau de Saut-Maripa, les policiers de la Paf et les militaires français se sont fait poursuivre par une dizaine de pirogues brésiliennes.
En « planque » depuis 5 heures du matin au lieu-dit Îlet Grand Roche, passage délicat pour les pirogues, c'est vers 9 h 45 que les six militaires et les sept policiers aperçoivent trois grosses pirogues « fileuses » comprenant à leur bord une quinzaine de personnes. Simultanément, un dispositif de surveillance leur signale l'arrivée de trois autres embarcations qui remontent l'Oyapock. Les militaires et policiers comprennent qu'un transfert d'hommes et de matériel va s'effectuer. Ils décident alors d'intervenir avant cette transaction, afin de ne pas se retrouver en infériorité numérique. Les trois pirogues descendant le fleuve sont interceptées, les trois montantes font demi-tour.

Bataille navale sur le fleuve
Les quinze occupants brésiliens interpellés sont escortés vers Saint-Georges. Mais alors qu'ils redescendent l'Oyapock, les forces de l'ordre s'aperçoivent qu'elles sont poursuivies par cinq pirogues revenues d'Oïapoque, et qui tentent de les faire chavirer. Accélérant la cadence, les militaires et policiers atteignent l'îlet Marécage, où les attend un véritable guet-apens. Cinq nouvelles pirogues se lancent en effet à leur trousse. Masqués par des tee-shirts et armés de machettes, les piroguiers se montrent menaçants et cherchent à entrer en collision avec les militaires français pour faire évader leurs comparses. Débute alors une « véritable petite bataille navale » . À force de harcèlement, les Brésiliens arrivent à libérer une des pirogues saisie : à son bord cinq garimpeiros et 500 grammes d'or.
Au moment où la tension est à son paroxysme, un militaire ouvre le feu dans l'eau, sur les instructions de l'officier de police judiciaire. Un agent de la Paf tire, lui, au flash-ball sur le porteur d'une machette. Cela a pour effet de « calmer le jeu » et d'éloigner les pirogues brésiliennes qui font demi-tour.
En tout, la poursuite aura duré vingt-cinq minutes, sur cinq kilomètres du fleuve.
Dix personnes interpellées
« Cette réaction violente des garimpeiros s'explique par le fait que l'or saisi devait servir à rémunérer certains intermédiaires à Oïapoque » , explique Philippe Duporge.
Les individus interpellés seraient donc des hommes de confiance des chefs des sites d'orpaillage chargés de ramener le métal jusqu'à la ville frontière, et non pas de simples orpailleurs. Cette saisie d'or correspond donc à plusieurs mois de « travail » .
L'ensemble des personnes interpellé a été placé en garde à vue à Cayenne mercredi soir, où chacun a été auditionné. Sur les dix individus, cinq porteurs d'or seront présentés aujourd'hui au parquet et seront poursuivis pour infraction à la législation sur les étrangers et orpaillage illégal. Les cinq autres, qui ne portaient pas d'or sur eux, seront poursuivis pour entrée illégale sur le territoire et complicité d'orpaillage. En tout, 618 grammes en provenance de Sikini d'une valeur d'environ 15 000 euros ont été saisis, l'équivalent de 20% des prises en un an.


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